• Angélique a peur

     

    Angélique est donc installée dans la maison des grands-parents. Elle a sa petite chambre, son petit lit. Elle se promène dans le jardin, en tenant Sidney sous le bras. Elle se roule dans l’herbe, joue avec les fleurs. Le soir, elle mange la bonne cuisine de grand-mère. Puis elle se couche et elle dort.

     

    Ce soir-là, précisément, elle s’est glissée sous le drap. La lumière éteinte, elle cherche le sommeil. Mais soudain, elle s’éveille en sursaut. À travers l’obscurité, elle entend un bruit affreux. Puis un autre. Le silence ne dure que quelques secondes. Les bruits effrayants reprennent vite.

     

    Terrifiée, la fillette tremble en serrant Sidney. Que se passe-t-il ? Quels sont ces monstres qui encerclent la maison ? Elle ne peut se retenir et pousse un cri qui ressemble à un appel au secours. Tout de suite après, la porte s’écarte, la lumière s’allume et le grand-père apparaît, visiblement inquiet.

     

    — Angélique, Angélique, que t’arrive-t-il ? Tu fais un cauchemar ?

     

    — Des monstres, il y a des monstres ! Ils vont me faire du mal !

     

    — De quels monstres parles-tu ? Je ne vois rien.

     

    — Je les entends ! Ils sont autour de la maison, ils vont entrer ! Je les entends encore !

     

    Le grand-père s’approche de la fenêtre et écoute attentivement. Un mince sourire lui échappe.

     

    — Ma chérie, rassure-toi, ce ne sont pas des monstres. Simplement des animaux.

     

    — Des animaux ?

     

    — Oui, il y en a tout près. Mais tu ne cours aucun danger : ils sont enfermés dans un enclos. Ils ne peuvent pas sortir. Ainsi donc, ils ne peuvent pas venir jusqu’ici. Tu n’as rien à craindre.

     

    — Mais je les entends !

     

    — Oui, c’est vrai qu’ils font un peu de bruit. Mais je te répète qu’ils ne peuvent pas s’échapper de leur enclos. Tu ne dois pas avoir peur. Tiens, tu sais ce qu’on va faire ? Demain, je t’emmènerai là-bas. Tu les verras, et tu constateras par toi-même qu’ils sont bien enfermés. Tu comprendras qu’ils ne peuvent pas te menacer.

     

    Il se penche, pose un bisou sur le front de la fillette et remonte le drap.

     

    — Maintenant, il faut dormir. Tu es en sécurité. La grand-mère et moi sommes juste à côté.

     

    Il repart en éteignant la lumière. Angélique tremble encore. Les explications du grand-père ne l’ont qu’à moitié tranquillisée.

     

    — Sidney, tu crois qu’il a dit la vérité ?

     

    — Bien sûr, pourquoi aurait-il menti ?

     

    — Mais les animaux, je les entends…

     

    — Voyons, je suis un animal aussi !

     

    — Toi, tu es gentil…

     

    — En attendant, tu dois dormir. Dors, Angélique, dors…

     

    La petite fille parvient néanmoins à s’endormir. Le lendemain, le grand-père tient sa promesse. Après le bol de lait accompagné de biscuits de chaque matin, il prend la fillette par la main.

     

    — Viens, ma chérie, je vais te montrer…

     

    Ils sortent de la demeure. Ensemble, ils remontent le pâté de maison et tournent à droite. Ils s’engagent dans un sentier. Sur le bord, un ruisseau coule doucement. Au bout, ils trouvent une barrière de bois. Le grand-père tend le bras.

     

    — Voilà les monstres que tu as entendu cette nuit…

     

    Angélique regarde. Derrière la barrière, elle voit des animaux. Ils sont plusieurs et mangent l’herbe du pré.

     

    — Tu vois ? dit le grand-père. Celle que tu vois devant est une vache : elle sert à faire du lait, du bon lait comme celui que tu viens de boire. Celui que tu vois sous l’arbre est un âne. Celles que tu aperçois plus loin sont des chèvres. Les petits qui sautillent sont des lapins. Et les oiseaux blancs qui se baignent dans la flaque sont des cygnes. Il y en a d’autres dans le pré voisin. Tu comprends que tu n’avais aucune raison de t’inquiéter ? Ces animaux sont enfermés dans cet enclos et ne peuvent pas en sortir. De toute façon, s’ils pouvaient, ils ne te feraient aucun mal : ils sont très doux.

     

    — Mais ils vivent là ? Ils sont abandonnés ?

     

    — Non, il y a un fermier qui s’occupe d’eux. Je te le présenterai un jour.

     

    — Mais ils sont tous seuls. Nous ne pouvons pas leur jeter du pain ?

     

    — Surtout pas. Ils ont assez d’herbe pour manger, et si tout le monde leur jette du pain, ils finiront par avoir mal au ventre. Fais confiance au fermier pour les nourrir.

     

    Ils restent un moment à admirer ces bêtes, qui se révèlent bien belles. Puis ils vont un peu au-delà. Angélique distingue un plan d’eau, avec des canards qui se dandinent.

     

    — Oh, c’est joli ! dit-elle.

     

    — Il s’agit d’un étang. Surtout, tu ne dois pas t’approcher, car tu risquerais de tomber à l’eau. Viens.

     

    Ils reprennent déjà le chemin de la maison. En passant par le sentier, Angélique se penche sur le ruisseau. Elle discerne des formes minuscules et noires, qui s’agitent sous les ondes.

     

    — Oh, qu’est-ce que c’est ?

     

    — Ce sont des têtards, explique le grand-père. Tu te rappelles que tu étais un bébé, dans un berceau ? Eh bien, les têtards sont des bébés. Petits comme ça, ils ne doivent être nés que depuis quelques jours. Ils vont grandir, et ils deviendront des crapauds, ou des grenouilles. Tu les entendras chanter, pendant la nuit.

     

    Ils poursuivent leur promenade matinale. Au loin, Angélique aperçoit une masse qui bouge, et entends des bêlements.

     

    — Et ça, qu’est-ce que c’est ?

     

    — Un troupeau de moutons. Tu vois le monsieur avec un bâton ? C’est le berger, celui qui surveille.

     

    — On les laisse venir jusqu’ici, près de la ville ?

     

    — Bien sûr. On va les chercher et on les amène. Parce qu’il faut absolument couper l’herbe. Alors, on amène les moutons et ils mangent l’herbe. En un après-midi, ils ratissent tout le pré. Et cela coûte moins cher que de le confier à des employés municipaux avec des tondeuses.

     

    Angélique est contente. Elle réalise qu’elle apprend des choses, et que cela lui plaît. Elle aimerait faire une promenade semblable chaque jour. En attendant, ils rentrent à la maison. À midi, elle dévore le déjeuner, montrant un bel appétit.

     

    Le soir, elle mange à nouveau, le dîner cette fois. Elle monte sur le canapé, pour jouer avec Sidney. Mais voilà que le téléphone se met à sonner. Le grand-père va répondre.

     

    — Angélique ! Viens vite, c’est ton papa qui appelle ! Il veut te parler !

     

    Elle hésite, puis s’approche. Le grand-père lui met l’appareil sur l’oreille, et le tient. Au bout du fil, loin, très loin, elle entend une voix qui l’appelle. Celle du Monsieur.

     

    — Angélique, tu es là ? C’est moi. Je voulais avoir de tes nouvelles. Tu vas bien ?

     

    — Oui…

     

    — Ah, ça fait du bien d’entendre ta voix. Ma chérie, ma chérie… C’est dur d’être loin de toi, de ne pas te voir. Je te promets que je fais ce que je peux. Je dois beaucoup travailler, mais dès que j’ai une heure de libre, je cherche un appartement. J’en ai déjà visité. Voyons, tu aimerais vivre dans un HLM ?

     

    — Je ne sais pas…

     

    — Moi non plus, cela ne m’enthousiasme pas. Alors, je continue à chercher. Et ensuite, je verrai pour l’école. Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?

     

    — Le grand-père m’a emmenée en promenade. On a vu des animaux.

     

    — J’en suis heureux. À ton âge, tu dois apprendre des choses. L’important est que tu te sentes bien dans cette maison. N’oublie pas : sois bien sage, et obéissante. Les grands-parents s’occupent bien de toi. Dès que j’aurai ce que je cherche, je retournerai là-bas pour te ramener. Je suis obligé de raccrocher. Ma chérie, une dernière chose : je t’aime. Sache bien cela : je t’aime, ma chérie. À demain.

     

    Le déclic d’un appareil qui se raccroche. Le grand-père raccroche à son tour.

     

    — Tu vois, Angélique, ton papa t’aime beaucoup. Il fait ce qu’il peut pour toi.

     

    La fillette passe le reste de la soirée devant la télé. Perplexe et dubitative. Ensuite, elle va se coucher. Dans le noir, sous le drap, elle serre Sidney contre elle.

     

    — Le Monsieur a téléphoné juste pour entendre ma voix…

     

    — Parce qu’il t’aime vraiment. Il travaille pour que tu sois bien.

     

    — Mais pourquoi veut-on que je l’appelle « papa » ?

     

    — Peut-être parce qu’il l’est.

     

    — Oh non, il n’est pas mon vrai papa. D’ailleurs, il me l’a dit lui-même.

     

    — Si un tribunal lui donne les papiers nécessaires, il deviendra ton vrai papa, et tu devras l’appeler ainsi.

     

    — Mais…

     

    — Chut ! Angélique chérie, tu es trop petite pour ce genre de discussions. À ton âge, il faut dormir. Allons, dors, dors, et fais de beaux rêves. Je suis là pour veiller sur toi…

     

    Elle ferme les yeux, soupire et plonge dans un sommeil rassurant.

     

    * * * * * * * * *

     

    * * * * *

     

    Angélique a appris bien des choses aujourd’hui. Mais maintenant, elle dort doucement. Que va-t-il lui arriver ?

     


  • Commentaires

    6
    Vendredi 15 Novembre à 20:25

    Bonsoir Manel

    Une jolie histoire  ! Bonne soirée et agréable week-end

    Janine

    5
    Jeudi 14 Novembre à 11:38

    Vraiment un déroulement vivant dans la journée d'Angélique.

    Les enfants ( lecteurs ou auditeurs ) peuvent facilement se projeter dans le personnage de l'histoire.

    Bon jeudi Manuel

    4
    Jeudi 7 Novembre à 20:19

    Bonsoir 

    Une très jolie histoire  Angélique est une petite-fille attachante

    un plaisir de lire ses aventures 
    Janine

    ( pour le lac c'est le Léman )

    3
    Jeudi 7 Novembre à 18:41

    Bonsoir.

    Oui, l'apprentissage de la vie peut être perturbant mais c'est sans doute mieux que de devenir indifférent à tous, comme cela arrive maintenant.

    Quant à consommer sans payer: le gars de mon histoire a consommé sans payer, avec son mannequin et ce n'est pas répréhensible !

    Bonne soirée ... pluvieuse !

    Gilbert

    2
    Jeudi 7 Novembre à 18:30

    Bravo  et  merci  pour  cette  bien  jolie  histoire  du  beau  travail  

    Bonne  soirée  avec  les  amitiés  de  Lucien

    1
    Jeudi 7 Novembre à 15:56

    J'aime beaucoup l'histoire qui montre le décalage entre la vie à la campagne et à la ville. Dans 50, 100 ou 200 ans, peut être que ce que tu racontes sera réel. Bon après midi. Bises.

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